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Vivre en équilibre… ou comment prévenir les chutes

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Par Michèle Sirois, collaboratrice à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et animatrice à Ère Libre, MAtv

 

Avez-vous peur de tomber ? Les trottoirs glacés, les marches enneigées et les lieux mal éclairés vous font craindre de chuter et de vous fracturer un membre ? Eh bien vous n’êtes pas les seuls. Même si tout le monde tombe un jour ou l’autre -  enfants, adultes et personnes âgées - les aînés risquent, après des chutes, d’avoir des conséquences plus graves tant au niveau physique que psychologique.

 

Des statistiques révélatrices

Au Québec, chaque année, le tiers des personnes âgées de 65 ans et plus tombent. Après 80 ans, la moitié des personnes font au moins une chute.  Plusieurs chuteurs s’en remettent sans séquelles physiques autres que des éraflures ou des ecchymoses. Cependant, près de 25 % subissent des blessures modérées à graves. Ces chutes ont des conséquences sur l’autonomie et la qualité de vie. Rappelons que 20 % des quelque 6000 personnes qui affrontent la redoutable fracture de la hanche chaque année au Québec en décèdent.

 

La recherche

La chercheuse et professeure Johanne Filiatrault(1) se penche depuis plusieurs années sur la problématique des chutes chez les personnes âgées. Ces recherches l’ont amenée, entre autres, à développer des programmes de prévention des chutes. Et c’est lors d’une conférence grand public qu’elle présentait un nouveau programme bien particulier à l’amphithéâtre Le Groupe Maurice à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

En effet, bien qu’il existe déjà au Québec des programmes spécifiques d’exercices physiques pour maintenir et améliorer l’équilibre chez les personnes âgées, madame Filliatrault estime qu’il fallait ajouter un aspect fort important dans l’offre de services : s’attaquer à la peur de tomber. Ainsi le nouveau programme Vivre en équilibre explore trois axes :

  • La peur de chuter
  • Les facteurs de risque de chutes
  • Des moyens pour réduire le risque de chuter.

 

La peur de tomber

La peur de se retrouver « les quatre fers en l’air » est très répandue chez les personnes âgées et pas seulement chez ceux qui sont déjà tombés. Même les personnes n’ayant jamais fait de chute peuvent développer une crainte excessive de se retrouver le nez sur le trottoir. Or, les conséquences de la peur de tomber peuvent devenir plus importantes que la chute elle-même. Cette peur, qui peut être démesurée dans certains cas, s’explique entre autres par le fait que la personne âgée sent son corps plus vulnérable qu’avant. Ainsi, pour éviter une chute et ses conséquences, plusieurs réduiront leurs activités, leur participation sociale et verront même leurs liens avec l’extérieur diminués. Un cercle vicieux pourra s’installer. Cette réduction d’activités entrainera ainsi une diminution prématurée de la force, de l’équilibre et de la flexibilité et augmentera les risques de… tomber.

C’est pourquoi le programme Vivre en équilibre s’attaque à de fausses croyances qui ont la vie dure comme « C’est certain que je vais tomber : en vieillissant tout le monde tombe » ou encore « Je suis mieux de ne pas sortir, c’est trop dangereux ».  Le but n’est pas de minimiser les risques de tomber, mais d’arriver à faire la part des choses pour avoir une vision adaptée à chaque situation. Ainsi nous serons plus enclins à continuer nos activités. Et c’est tant mieux car le corps est fait pour bouger !

 

Quelques moyens pour réduire le risque de chutes

Il importe de pratiquer des activités physiques, quel que soit son âge. Ainsi, on s’assure de maintenir sa force musculaire, son équilibre, son endurance et sa flexibilité, facultés si précieuses pour une mobilité sécuritaire.

Or, bouger oui, mais en s’adaptant à nos capacités et limites ! Cela veut peut-être dire d’accepter de ralentir le rythme et d’être plus vigilant dans ses déplacements.

 

Et comme la moitié des chutes surviennent à domicile (ou dans son environnement immédiat), adaptons nos maisons pour réduire les risques.

  1. Libérons l’espace pour nous permettre des déplacements sécuritaires
  2. Assurons-nous d'un bon éclairage des lieux en installant des interrupteurs à l’entrée de chaque pièce. Ne pas oublier les escaliers extérieurs qui peuvent accueillir un détecteur de mouvements !
  3. Assurons-nous de pouvoir rejoindre facilement les secours en cas de chute.

 

Rappelons-nous également que si nous consommons des médicaments, il est recommandé de monter notre niveau de vigilance. En effet, plusieurs classes de médicaments augmentent de façon significative les risques de chutes. Pensons aux médicaments qui traitent l’anxiété, la dépression, l’hypertension artérielle, le diabète de type2 ou l’insuffisance cardiaque. Il est toujours recommandé de vérifier avec le pharmacien lorsqu’on nous prescrit un nouveau médicament.

 

Pour en savoir plus sur la prévention des chutes, visiter http://www.iugm.qc.ca/sante-aines/infochute.html

 

Envie d’animer un groupe dans votre communauté ?

Qui de mieux placé pour comprendre comment le vieillissement modifie la mobilité? Qui peut mieux expérimenter la crainte de tomber? Un aîné bien sûr ! C’est pourquoi le programme Vivre en équilibre compte sur des personnes âgées pour animer les groupes.

Les animateurs sont choisis selon leurs intérêts et aptitudes et sont ensuite formés. Une fois leur formation de 2 jours terminée, chaque animateur peut organiser et offrir des sessions du programme Vivre en équilibre dans sa communauté ou résidence. La chercheuse nous confiait qu’il a été très facile de recruter des animateurs bénévoles pour tester cette manière d’enseigner. Elle a pu constater encore une fois la place importante que les aînés peuvent et doivent occuper dans leur communauté.

Si vous êtes intéressé à devenir animateur du programme Vivre en équilibre le Centre AvantÂge offrira la formation d’animateur en 2019. Vérifiez la programmation au http://centreavantage.ca/activites/formation-de-multiplicateurs/

En conclusion, madame Filiatrault nous dévoilait les résultats de l’évaluation du programme qui venait d’être testé dans 12 résidences pour aînés. Ces résultats très positifs portent à croire que Vivre en équilibre saura redonner confiance aux personnes âgées lors de leurs activités quotidiennes en développant leur capacité à prévenir les chutes.

 

 

 

(1)Johanne Filiatrault, Ph.D., ergothérapeute; Professeure agrégée, École de réadaptation, Faculté de médecine, Université de Montréal; Chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

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Vous pouvez mieux nettoyer tous les trottoirs sur la propriété du Savignon et il y aurait moins de risque de chutes.Mais il faut peut-être que vous ayez plus de personnel les journées de chute de neige et de verglas.

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    Bonjour M. Bilodeau, nous sommes désolés que vous ayez dû faire face à cette situation malencontreuse. Nous allons transmettre votre message à l'équipe de la résidence pour nous assurer que cela ne se reproduise plus. Merci beaucoup et très bonne journée

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Premièrement, merci pour cet article des plus intéressants. Je suis également fan de l’émission de Mme Sirois, Ère libre.
Je crois que je n’avais pas réalisé que j’étais une aînée (67) au moment de ma première chute en juin 2017. Je me suis vraiment blessée en tombant sur le ciment et en roulant sur moi-même un bon mètre de hauteur. Puis une seconde chute en novembre de la même année sur un plancher glissant en vacances. Blessée exactement aux mêmes endroits: dos, genou, talon.
Deux chutes mineures en 2018 font que je suis maintenant en fort mauvaise situation.
Déchirure grave du ménisque, douleurs insupportables au dos (lombaires) et tendinite au talon.
Je suis de plus en plus confinée à la maison et j’ai de plus en plus de difficulté à marcher sans parler de l’état psychologique dans lequel tout ça me plonge.
Les rendez-vous, les consultations, la physio, les injections de Synvisc-One, les listes d’attente... tout tourne autour de ça. Je n’ai plus aucune qualité de vie, je ne peux plus sortir seule et je vois de moins en moins mes petites-filles.
J’incite donc les aînés à la prudence afin de conserver qualité de vie et autonomie.

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