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Directeur Général : l’art de l’humanité

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Article tiré du magazine du Groupe Maurice « L’Innovateur », Octobre 2018, no 2

 

Entrevue avec Karine Gignac et Guy Brisebois, Directeur Généraux au Groupe Maurice

 

Jeune et énergique, elle est la nouvelle directrice générale de la résidence Sevä, à Candiac, ouverte depuis maintenant huit mois. À l’aube de la retraite, il est directeur de la résidence Le Quartier Mont-St-Hilaire depuis son ouverture, il y a dix ans. L’une vient d’accueillir des résidents fébriles et dynamiques avec enthousiasme et des idées plein la tête; l’autre accompagne une clientèle installée et plus âgée avec sagesse et expérience. Quelles composantes ressortent du contraste qui existe entre ces deux dirigeants aux réalités diamétralement opposées ?

 

 

Karine, Guy, qu’est-ce qui vous a attiré vers le domaine des résidences pour retraités ?

Karine Gignac : Pour ma part, ça a débuté par une rencontre avec monsieur Maurice alors que je travaillais pour Provigo à titre de directrice de succursale. J’ai vraiment eu un coup de foudre pour la personne qu’il est. À ce moment, nous étions partenaires d’affaires avec Le Groupe Maurice pour leur nouvelle résidence de l’époque, Boréa. Puis, j’ai rencontré des futurs résidents lors de la première pelletée de terre du projet. C’est à ce moment que j’ai senti l’engouement pour le domaine des résidences pour retraités. Par la suite, une personne du Groupe Maurice m’a approchée, mais j’étais déjà conquise : l’humanité qui se dégageait de l’entreprise était palpable.

Guy Brisebois : Moi, je viens des milieux hôtelier, récréotouristique et communautaire. Alors que j’étais directeur des opérations du centre Orford Musique, j’ai reçu un appel d’un chasseur de têtes. J’allais avoir cinquante ans et j’avais envie, pour les dix dernières années de ma vie professionnelle, de faire quelque chose d’important. Quand je dis « important », je ne parle pas du statut, du prestige ou du salaire, je parle de la cause. Je voulais avoir le sentiment de faire une différence dans la vie des gens. C’est donc pour cette raison que j’ai accepté d’œuvrer dans ce milieu.

 

 

Qu’aimez-vous le plus de votre métier actuel ?

Gignac : Je crois que c’est la relation profonde que je suis en train de bâtir avec les résidents. Je me sens tellement proche d’eux que je n’ai pas l’impression d’aller travailler le matin. Tous les jours, je consacre un moment pour m’installer au salon et parler avec eux. C’est le moment le plus précieux de ma journée. L’humanité qui se dégage de mon rôle de directrice générale me gardera probablement longtemps ici, je pense.

Brisebois : Karine, le fait que tu trouves important d’aller parler avec les résidents, c’est certainement ce qui va assurer ta réussite dans le domaine. Un directeur qui passe son temps dans son bureau ne reste pas longtemps en poste. On gère avant tout un milieu de vie, et les humains qui le composent. Et ce qui caractérise un milieu de vie, ce sont les relations interpersonnelles. C’est aussi ce que j’aime le plus de ce métier, et la raison pour laquelle je suis resté dans le domaine longtemps.

 

 

Karine, comment percevez-vous votre rôle de directrice d’une nouvelle résidence ?

Gignac : Je fais partie intégrante du changement : toutes les personnes, à quelques exceptions près, qui sont arrivées à SEVÄ venaient tout juste de vendre leur maison. Je représente donc le changement, le début d’une nouvelle aventure. Le démarrage d’une résidence est un « sprint » incroyable.

Brisebois : Vient ensuite le marathon, car c’est la vie « normale » qui débute.

 

 

C’est une analogie intéressante ! Alors, justement, qu’est-ce qui change au fil du temps dans votre métier ?

Brisebois : Le rôle d’un directeur évolue au même rythme que celui des résidents. Si on compare la résidence à un petit village, on se retrouve à être un hybride entre le maire et le curé. Au début, on est davantage maire : on gère des services, le fonctionnement de la résidence, etc. Mais plus ça avance, plus le rôle de curé prend de l’ampleur, car on devient confident, conseiller et accompagnateur à travers les moments heureux comme les épreuves, telles que la maladie ou la mort. On se retrouve souvent à jouer un rôle d’intervenant — d’intervenant de cœur, par contre —, parce qu’on n’est pas psychologue ou travailleur social. Cependant, je me sens privilégié de vivre ces moments précieux avec les résidents. On fait partie de leur quotidien : on partage autant leurs joies que leurs peines, ce qui enrichit énormément notre métier. Un jour, un homme qui s’en allait habiter en maison de soins palliatifs m’a pris la main et m’a dit : « Je veux que vous me promettiez de prendre soin de ma femme. Mes enfants ont tous les papiers pour gérer ma succession. Ils seront bien. Mais ma femme, je veux que vous en preniez soin. »

 

 

Ouf ! Comment faites-vous pour ne pas pleurer quand ce genre de situation arrive ?

Brisebois : Oh, mais je pleure ! Je suis un vrai braillard !

Gignac : Moi aussi !

Brisebois : Pas autant que M. Maurice, mais quand même ! (rires) Je ne sais pas si tu es d’accord avec moi Karine, mais il y a des gens avec qui on vit une relation particulière, qui nous touchent profondément, plus que d’autres. Il y a une dame, un jour, qui a eu besoin, avant de quitter la résidence, de me confier un secret qu’elle avait gardé pour elle toute sa vie. J’étais le premier, et le seul, à qui elle avait raconté cet événement. Ça m’a bouleversé pendant des semaines.

 

 

Au final, ça prend vraiment des qualités humaines exceptionnelles pour être à la tête d’une résidence. L’âge ou l’expérience n’ont pas d’importance : ce qui importe, c’est votre humanité.

Brisebois : M. Maurice dit souvent qu’on est des gens plus sensibles que la moyenne des ours. Quand une dame vit son premier Noël sans son mari, c’est extrêmement difficile pour elle. On est donc là pour prendre soin de ces gens-là, pour réconforter les personnes seules. C’est ça notre travail. Ça ne s’écrit pas.

Gignac : Et ce n’est pas précisé dans la définition du poste non plus ! Quand ils écrivent « et toutes autres tâches connexes », ça correspond à 80 % de notre travail. Je ne pensais jamais être payée pour jouer à la pétanque ! (rires)

 

 

Karine, avez-vous un conseil à demander à Guy ? Ou à l’inverse, avez-vous une recommandation à offrir à Karine pour la suite des choses ?

Brisebois : La protection.

Gignac : J’allais justement te demander comment on fait pour se faire une carapace ! (rires)

Brisebois : On a un métier formidable, parsemé d’une quantité phénoménale de petits bonheurs journaliers. On veut vivre tout ça, les fêtes autant que les situations délicates. Mais — et tu vas l’expérimenter bientôt Karine —, on est sollicités 24 h sur 24. Et puis, on peut difficilement dire non, car on gère un milieu de vie. Donc, sois vigilante et oblige-toi à partir en vacances, à prendre des journées de congé et à te reposer. C’est le seul conseil que je pourrais te donner, parce que pour le reste, tu as tout !

Gignac : Oui, mais comment tu fais pour te « protéger » ? C’est tellement facile de tout prendre personnellement quand on vit une situation éprouvante !

Brisebois : Tout est dans la perception. Il faut faire la distinction entre la réalité et la perception que tu te fais de cette réalité. C’est ça qui nous fait mal : trop souvent, on dramatise, on grossit les situations. Il faut relativiser.

 

 

Ce doit être ardu à faire lorsqu’on est impliqué émotivement, non ?

Brisebois : En effet ! Mais elle a toute une vie pour apprendre ! L’expérience, c’est comme les Q-tips : ça ne se partage malheureusement pas ! (rires)

Comme l'article est réaliste. J'ai quitté le monde de gestionnaire de résidence il y a près d'un an maintenant. Ce qui me manque le plus c'est la proximité des résidants. Au quotidien, nous partageons TOUT avec eux. Je me souviens de dire à mes proches...tu sais quand il neige trop...c'est la faute du directeur… Toutefois, on trouve quand même une réponse pour leur bonheur! Hi!hi!
Quel sage conseil que de préciser que les nouveaux venus dans ce monde de gestion doivent apprendre à se protéger...ce qui est extrêmement difficile, car ce sont des personnes humaines tellement importantes dont nous assurons leur plaisir de vivre.
J'ai terminé ma carrière en mettant sur pied le services des loisirs des 10 résidences du Réseau et ce fut pour moi un privilège inestimable que de contribuer à égayer la vie, au quotidien, des résidants.
Je souhaite longue vie à tous les directeurs(trices) de vos milieux de vie...que la génération de vos résidants puisse donner le goût de vivre des expériences inoubliables dans toutes vos résidences!

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