Luc Maurice

VOYAGE VERS L’ALASKA: ÉTAPE 3 – DE MARATHON À FORT NELSON (4650 KM)

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Une telle distance ne se traverse pas sans encombres ni mésaventures, mais aussi, avec des moments extraordinaires. En voici quelques-uns...

ÉTAPE 3: DE MARATHON À FORT NELSON - 4650 KM

"- Rouler sur une voie ferrée est très dangereux. Il y a des bifurcations, des aiguillages, et des équipements dissimulés sous la neige, sans compter les clous qui ressortent, il faut faire très attention ! Il y a aussi des tunnels sans dégagements aux entrées, de même que des ponts et des butes, avec des précipices de chaque côté. Comme je n’avais pas d’autre alternative, j’ai dû emprunter ces voies en roulant le plus doucement possible, mais j’avais hâte à chaque fois de croiser une route ou un sentier afin d’en sortir. J’ai croisé des trains à plusieurs reprises, nul besoin de vous dire que j’avais constamment les yeux dans mes rétroviseurs !

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- Rouler au bord de la route est, pour commencer, interdit. J’ai d’ailleurs eu très peur de me faire arrêter par des policiers à plusieurs reprises ! Mais la friction fait également fondre les lisses en téflon sous le pont de la motoneige, qui sont habituellement refroidies par la neige, et abime les carbites. En plus, on n’en trouve pas partout...

- La motoneige en Ontario ne semble pas prendre autant d’importance qu’au Québec. Dès le départ, il m’a été impossible de trouver une carte des sentiers locaux. La seule que j’ai pu obtenir est la provinciale sur laquelle il n’y avait pas assez de détail. Ici, l’entretien des sentiers n’est fait que par des bénévoles. Le gouvernement donne des octrois pour la location des machines et l’entretien, mais pas beaucoup plus que cela, ce qui fait que plusieurs clubs ont beaucoup de difficulté à fonctionner.

- J’ai fais aussi de magnifiques rencontres comme cet employé du CP fort sympathique qui m’a amené avec son pick-up de l’autre côté de Thunder Bay. Le propriétaire d’un petit motel à English River, lui-même directeur et membre du conseil du club de motoneigistes à Ignace, qui, voyant que je n’avais rien à manger, m’a apporté un excellent repas à ma chambre. John, le sympathique menuisier, impliqué dans le comité s’occupant des sentiers locaux, qui m’a conduit jusqu’à Dryden pour faire réparer mes lisses usées. Ce jeune homme d’Ontario Hydro, qui, voyant que j’étais pris dans le froid et que je n’arrivais pas à me sortir du banc de neige de huit pied de hauteur dans lequel j’étais pris, s’est arrêté le long du chemin pour me donner un coup de main. Ce jeune couple de cow-boys très intéressants possédant 400 têtes de bétail et trois fermes près de Calgary, en Saskatchewan et en Ontario, rencontrés en entrant au Manitoba. Les propriétaires du restaurant à Big River qui nous ont si gentiment offert le petit déjeuner. Les autochtones qui nous ont guidés pour nous ramener dans le droit chemin sur le lac des Îles, à 50km à l’est de Core Lake. La dame très sympathique de la chambre de commerce de Bonneville, fervente amatrice de la motoneige, qui nous a mis en contact avec des gens qui connaissaient bien le nord de la Colombie Britannique. Et de manière générale, tous les gens que nous avons rencontré lors de ce fantastique voyage.

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- J’ai pris des photos sur le lac Winnipeg par -48° C, mais après avoir retiré une mitaine, il m’a fallu au moins 15 mn pour réchauffer ma main qui était totalement transie.

- Par -45° C, un froid extrême sans compter le facteur vent, il faut être bien couvert, avec deux manteaux d’hiver, un par-dessus l’autre, deux cagoules et d’excellentes bottes, nous étions relativement confortables. À condition de savoir réparer sa visière chauffante comme nous avons dû le faire !

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- Dans tous les villages du Manitoba où nous nous sommes arrêtés, les gens étaient gentils mais trouvaient un peu fous ces deux montréalais qui traversaient le pays en motoneige, les « crazy montrealers » !

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- À Pressiville, un petit village tranquille isolé dans le nord de la Saskatchewan, Louis a commandé une pizza qui avait à peu près un pouce de viande dessus ! Je n’avais jamais vu une pizza aussi épaisse de ma vie.

- À partir d’Hudson Bay, nous avons dû rouler dans des champs de blé pour nous rendre à Nipawin, 175 km plus à l’ouest. Nous y avons vu des centaines de cabanons de 6 pieds par 6 pieds, en bois, en plastique ou en métal, d’immenses ruches d’abeilles qui permettent la pollinisation et la culture du miel.

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- La randonnée dans les fossés, ou « ditch riding », est possible dans l’ouest car ils sont très larges et peu profonds, mais avec une belle accumulation de neige, ce qui est plus agréable. À condition que la température ne la fasse pas fondre...

- À Smokey Lake, où nous avons fait le plein, le président de l’association des motoneigistes locale et un reporter sont venus prendre des photos et nous interviewer. Même chose à Saint-John. Belle couverture médiatique !

- Après Dawson Creek, nous avons circulé dans des champs où les cultivateurs ouvraient et refermaient les clôtures d’un voisin à l’autre !

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- Sur un très long pont en métal, mes carbites trop usées m’empêchaient de tourner sur le tablier en acier or un énorme camion de bois avançait vers moi, actionnant son klaxon sans arrêt. J’ai rapidement débarqué de ma motoneige puis de toutes mes forces, je l’ai poussée sur 3 pieds, suffisamment pour que le camion puisse m’éviter... C’était la seconde fois du voyage où j’avoue avoir eu peur !

- À St-John, la seule chambre que nous ayons pu trouver était la suite nuptiale d’un hôtel. Nous avons bien ri !

- Après Fort St-John, nous avons vu la folie de l’or noir dans la région en croisant des centaines de camions lourds chargés d’équipements servant à l’exploration pétrolifère.

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- Une fois arrivés au campement Bucking Horse River Lodge, très rudimentaire mais confortable qui servait autrefois à l’armée américaine lorsqu’elle construisait l’Alaska Highway en 1942, le propriétaire m’assure qu’en vingt ans il n’a pas vu de motoneigistes autres que les autochtones de la région traverser l’ouest du pays via le nord ! C’est à partir de là que je me suis senti véritablement parti à l’aventure. Avant ce jour, je me sentais en terrain connu car j’avais vécu au moins une année dans chacune des provinces de l’ouest.

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- Notre prochaine destination, Fort Nelson est la limite nord des zones les plus actives d’exploration pétrolifère, alors que d’autres camionneurs en provenance du Yukon prennent la relève et se rendent dans le Yukon et en Alaska. L’arrivée sera pénible avec des branches, des ravins, des montagnes, des chutes de neige abondantes, une très mauvaise visibilité, de la neige folle, des chutes et de la fatigue. C’est pendant ce trajet que nous avons traversé notre troisième fuseau horaire !"

Pendant les prochains jours, entre Fort Nelson et Watson Lake, nous allions traverser des cols importants dans les montagnes et une partie des Rocheuses. Nettement plus difficile !

 

Luc Maurice

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