Luc Maurice

VOYAGE VERS L’ALASKA: ÉTAPE 4 – DE FORT NELSON À ANCHORAGE (2560 KM)

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Le voyage recommence par une chenille perforée qui m’a jeté à terre. Un problème majeur ! Nous nous y reprenons en deux temps, à l’aide de Ty-Rap, pour revenir en trois heures vers Fort Nelson... Mais ce n’est pas fini !

ÉTAPE 4: DE FORT NELSON À ANCHORAGE - 2560 KM

"Les 10 derniers kilomètres ont été particulièrement pénibles. Deux de plus, et je perdais la chenille au complet ! La gérante du petit concessionnaire Bombardier de Fort Nelson a fait des pieds et des mains pour nous obtenir des pièces, une chenille... et même une autre machine ! Malheureusement, il n’y en avait plus en stock à moins de 1000 km. Via Internet, nous avons trouvé deux endroits dans tout le Canada où il y avait des chenilles disponibles... au Lac Saint-Jean et à Sherbrooke ! À Sherbrooke, l’entrepôt de Bombardier ne pouvait pas nous en faire parvenir une avant cinq jours par camion. Le concessionnaire du Lac Saint-Jean a accepté d’emballer une chenille et de l’apporter au terminus d’autobus local afin qu’elle arrive à Montréal le lendemain matin d’où nous pourrions la placer dans un avion d’Air Canada Cargo. Mauvaise surprise, ce service aérien ne fonctionne pas durant les week-ends !Luc-maurice-voyage-alaska-etape4-0

À cours d’idées, je demande à Marie-Michèle, mon bras droit au bureau, de coordonner le moyen de transport le plus rapide possible pour ma chenille. Et au même moment, à ma demande, mon frère Pierre accepte d’aller chercher la chenille au Terminus Voyageur et de prendre lui-même l’avion, pour me la livrer en mains propres. Ce dernier va donc se rendre d’abord à Vancouver pour y passer la nuit puis changera de compagnie aérienne pour effectuer des escales à Kelowna, Prince-George et Fort St-John, avant d’arriver enfin à Fort Nelson le lendemain soir, dimanche, à 18h, où j’irai l’accueillir. Wanita, la gérante de la concession Bombardier a été une fois de plus très coopérative. Elle a ainsi accepté de nous prêter son garage le dimanche après midi afin que nous puissions défaire le pont et remonter la nouvelle chenille dès son arrivée, de sorte que nous soyons prêts à repartir aux premières heures le lendemain. Quelle folle journée ! Merci à eux ! En attendant, repos forcé mais nécessaire avant le départ le lendemain matin de bonne heure, avec de la bonne neige fraîche !

Nous avons parcouru en une journée au lieu de trois les 520 km qui nous séparaient de Watson Lake, village malheureusement quelque peu abandonné. Nous avons traversé les paysages à couper le souffle des Montagnes Rocheuses, vu une douzaine de chèvres de montagne, trois orignaux, une demi-douzaine de caribous, des hiboux, un rat musqué, des cerfs, un lynx et cinq troupeaux d’impressionnants buffles sauvages, dont deux au milieu de la rue – qu’il fallait contourner avec prudence – les sources thermales de Liard River et une sortie de route d’un camion devant nos yeux !

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Le trajet jusqu’à Whitehorse s’est effectué dans des conditions épouvantables. Neige, vent très fort et glacé, température en baisse rapide, route glacée et fermée, aucune visibilité, pas de ligne d’horizon ni de paysages visibles... Bravant les interdictions de rouler en plein centre-ville, nos motoneiges – qui en avaient grandement besoin – ont été inspectées car la troisième partie du voyage allait s’effectuer dans une région encore plus isolée. Louis me quitte et mon troisième partenaire, Pierre Richard, arrive.

Nous avons pris pendant 120 km l’étroit sentier de la très réputée course de traîneaux à chiens, le Yukon Quest, entre Whitehorse et Fairbanks, comme les explorateurs du début du XXe siècle. C’était très beau, avec des inscriptions et des vestiges de cabanes en bois rond qui avaient servi d’abri pour les voyageurs et leurs chevaux. Quel courage avaient les premiers colons dans le nord de notre immense pays !

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Nous sommes partis ensuite de Karmack par -44° C. À notre arrivée à Dawson et ses bâtiments du temps de la ruée vers l’or, vers 17h15, il faisait -46° C ! Pierre a eu une engelure sur la joue gauche, moi du coté gauche du front, mais nous nous en étions relativement bien sortis. À cause du « Ice fog » on ne voyait même pas les montagnes ! C’est un climat extrême ici. C’est haut en altitude. Les vents sont très violents. Lorsqu’il fait -45° C avec un bon vent, c’est vraiment froid. Les gens de l’Asahikawa et du nord du Yukon ajustent leur manière de vivre au climat et nous en avons fait de même.

Luc-maurice-voyage-alaska-etape4-2On annonçait des températures inférieures à -45° C pendant les trois prochains jours. Alors, lorsque nous avons expliqué que nous avions l’intention de partir de Dawson pour se rendre à Toke, en Alaska, le lendemain, en empruntant la « Top of the world highway », ils nous ont carrément traités de fous ! D’une part, parce que le chemin est ouvert seulement l’été et qu’aucun motoneigiste n’emprunte cette route en hiver. D’autre part, à cause des vents très forts et des bancs de neige absolument incroyables qui bloquent la route en partant du sommet des montagnes, et ce, jusque dans les ravins 2000 pieds plus bas. La neige étant très dure, deux groupes de motoneigistes sont déjà décédés sur cette route en basculant dans ces mêmes ravins ! Ils nous ont déconseillé cette aventure. Nous avons donc décidé de louer les services d’un guide et de son accompagnateur, au moins pour les premiers 150 km, d’ici à Toke, les 150 km suivants étant plus faciles.

Nous avons quitté Dawson City dans le noir total vers 7h30 avec nos deux guides Ron et Sylvain, Pierre et un traineau portant 40 gallons d’essence car il était impossible de faire le plein en route. Je n’avais jamais vu de ma vie des montagnes comme ça ni des bourrasques de vent aussi violentes et des lames de neige de deux à trois mètres qui bloquaient tout et qu’il fallait défoncer pour y caller un patin afin de ne pas débouler. Malgré cela, les paysages étaient merveilleux. Les rares arbres ressemblaient à des boules de neige. Le reste, c’était des montagnes à perte de vue et des vallées très escarpées qui longeaient la route, avec cinq ou six cols et gorges dangereux. Une fois passé la frontière canado-américaine, nous avons trouvé une piste de motoneige où nous avons pu rouler à 80km/h. Nos guides sont repartis et nous sommes arrivés à Toke en fin d’après-midi.

Nous voici enfin en Alaska ! Les paysages que nous avons vus aujourd’hui étaient absolument magiques.

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Face au manque de neige au départ de Toke, le lendemain, il nous était impossible de nous rendre à Fairbank. Nous avons donc décidé de prendre une route alternative vers le sud ouest en direction de Parkston sur laquelle nous avons essuyé une violente tempête de neige avec quelques périodes de « white out ». Ce village abrite 20 habitants complètement déconnectés du reste du monde dont trois habitent ici depuis 1993 et croyez-moi, ça paraît qu’ils sont ici depuis 1993 ! On se croirait dans un film !

Luc-maurice-voyage-alaska-etape4-10Nous sommes repartis un petit peu nerveux sur un sentier fermé en hiver. Nous savions que nous avions 200 km en hors piste pour couper à travers l’Alaska dans une zone totalement isolée, avec une seule pourvoirie où nous pourrions nous abriter en route. C’était pourtant un chemin très agréable entre deux zones rocheuses, malgré la mauvaise visibilité due au soleil éclatant qui effaçait les contrastes. Nous sommes sur un plateau des chaînes de l’Alaska, un endroit semi-désertique. Il n’y a aucun arbre, que des rochers. Nous sommes arrivés Kentwell à l’entrée du parc Delani où se trouve le mont McKinley, malheureusement, la visibilité était pratiquement nulle.

Luc-maurice-voyage-alaska-etape4-11Le lendemain, nous sommes partis sous la neige qui tombait à l’horizontale, avec des rafales de vents infernales de 50 à 70 km/h et une visibilité d’à peine 25 pieds ! En arrivant à Anchorage, il est illégal d’avoir des motoneiges à moins de 40 km du centre-ville... Nous avons traversé illégalement quelques ponts et voies surélevées mais nous tentions dans la mesure du possible de longer les rivières et les champs. À 20 km du centre-ville, deux voitures de polices nous ont arrêté. Ils voulaient confisquer nos motoneiges mais après une petite discussion, ils ont sympathisé avec nous et nous ont aidé à trouver les coordonnées d’un concessionnaire situé dans le centre-ville (le plus important concessionnaire Bombardier au monde !) qui est venu nous chercher et a placé nos motoneiges en consigne. Nous avons fini par les revendre car le coût de rapatriement vers Montréal était plus élevé.

Après cinq semaines et demie, j’étais heureux de retrouver Andrée, mon épouse.
Ce long voyage était donc terminé !"

POURQUOI CETTE TRAVERSÉE ?

Je connais assez bien mon pays, particulièrement le centre et l’ouest puisque j’ai vécu à une époque ou une autre dans six provinces canadiennes. Je suis un amoureux du grand nord et j’avais le goût de mieux le connaitre dans chaque province. Je voulais aussi traverser le pays via la Trans-Canada Trail, un ensemble de sentiers très médiatisé et parrainé par le gouvernement fédéral. Enfin, l’opportunité d’effectuer un tel voyage en motoneige hors piste était un facteur qui m’emballait beaucoup puisque je pratique ce loisir depuis maintenant vingt ans dans le nord du Québec.

DES DOUTES PENDANT LE VOYAGE ?

Il y a eu des moments où j’ai failli changer d’avis et rentrer à Montréal, en me disant pendant que je roulais « qu’est-ce que je fais ici ? ». Mais très rapidement, comme à mon habitude, je ris de moi-même et me concentre sur la meilleure façon de faire ce que j’ai à faire, et ce, sans me poser de questions existentielles pendant l’action. Une fois que l’on prend une décision dans la vie, peu importe laquelle, je pense qu’il est souvent plus constructif de réfléchir sur les motifs d’un geste une fois que tout est terminé mais lorsqu’on est dedans, on le fait !

 

Luc Maurice

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Je connaissais votre entreprise de nom cependant pendant une rencontre a vos bureaux de ville Saint-Laurent dans une salle de conférence qui arborait une magnifique photo hivernale d'un camp dans le bois vos employés m'ont permis de découvrir une passion qui vous anime, qui nous anime ! Bravo pour aventures et au plaisir de se croiser en sentier !

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Mr Maurice, tout comme votre vision concernant les résidences pour retraités, vous y aller à fond. C'est bien de voir qu'un gestionnaire aussi impliqué dans son domaine, sort des sentiers battus pour s'imposer de telles aventures, on le comprend bien en sachant votre passé dans les Forces. Belle plume, vous nous communiquez très bien vos expérience!
Lâchez pas, je vais vous lire.
Olivier

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Monsieur Luc Maurice,
Merveilleuse aventure! Péripéties à couper le souffle.
Tant d'éléments à combattre dans une nature capable de faire vibrer le coeur.
Au sortir d'un tel voyage, impossible d'oublier les moments difficiles; les plus beaux instants demeurent ceux contre lesquels on a dû lutter.
Ainsi va la vie! Félicitations et merci d'avoir prouvé votre force et votre courage, merci de votre ténacité. La société où nous vivons a besoin d'exemple comme vous.
Marguerite Plourde (Les Jardins Millen)Une aventurière qui a navigué durant plus de 25 ans avec mon époux et nos cinq enfants de 2 à 9 ans, dans les débuts.

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Bel exemple de ténacité dans l'adversité.
Votre dernier commentaire illustre bien cela: quand on a pris une décision, peu importe laquelle, on agit en conséquence....quitte à se questionner à la fin.

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Quel récit! Merci d'avoir partagé avec nous, les péripéties de votre randonnée en motoneige.
Vous devez être fier d'avoir surmonté toutes les embûches et d'avoir réussi à atteindre votre but.
Bravo!
Monique Arduini (les Jardins Millen)

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