Les résidences, sentinelles de la santé mentale

La Semaine de la santé mentale nous offre, chaque année, l’occasion de réfléchir au bien-être psychologique des résidents ainsi qu’à la trajectoire qui se dessine chez les aînés au sein de notre société. Lorsque l’on sait que la santé mentale tend à décliner de façon plus marquée après l’âge de 75 ans, il apparaît naturel pour l’entreprise de se sentir directement concernée par cette réalité. Notre engagement à offrir des environnements sains, humains et soutenants à celles et ceux qui ont choisi nos résidences comme milieu de vie continue ainsi de prendre tout son sens… et d’évoluer avec eux.

Fait intéressant

D’après le Ministère de la Santé publique du Québec, 72 % des personnes âgées de 65 à 74 ans rapporteraient une santé mentale généralement bonne, voire excellente. Cette réalité s’expliquerait notamment par une meilleure régulation émotionnelle avec l’âge, des attentes plus réalistes face à la vie, ou encore par la diminution du stress associé au travail.

Bien que ce pourcentage dépende de plusieurs autres facteurs liés à la santé, ne s’agit-il pas malgré tout d’un résultat encourageant pour cette tranche de la population ?

 

Une santé mentale plus fragile

Ce niveau élevé de bien-être observé chez les aînés de 65 à 74 ans tend toutefois à décliner dès l’âge de 75 ans, en raison de l’apparition de facteurs susceptibles d’affecter négativement la qualité de vie. Des réalités telles que la douleur chronique, la perte d’autonomie, le manque de ressources ou encore l’isolement social fragilisent la santé mentale en contribuant à une augmentation significative de l’anxiété chez les personnes qui y sont confrontées.

« Je suis heureuse que la santé mentale prenne de plus en plus de place dans les priorités sociétales, mais malheureusement, je considère que les investissements – tant financiers qu’en ressources humaines – demeurent insuffisants pour contrer les problématiques qui, elles, sont en croissance exponentielle », souligne Liza O’Doherty, directrice principale des soins au Groupe Maurice.

Il est d’autant plus urgent d’agir en amont. C’est le cas en société, mais nous le constatons également en résidence : les conflits mondiaux actuels et l’augmentation du coût de la vie sont de réelles sources d’inquiétude pour les résidents. Plusieurs nous confient être anxieux face à l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants.

 

Une santé en silos

Bien que de nombreuses études confirment la réalité de la détresse psychologique chez certains aînés, pourquoi le sujet demeure-t-il encore tabou pour plusieurs d’entre eux ? Selon Liza O’Doherty, les personnes d’un certain âge ont grandi à une époque où les « états d’âme » étaient souvent perçus négativement, voire comme une faiblesse.

« Il n’y a pas si longtemps de ça, au Québec, il était impensable de se confier à quelqu’un d’autre qu’à un curé ! La santé mentale ne faisait pas partie des préoccupations parce qu’on ignorait même son existence. Les souffrances psychologiques devaient être endurées en silence… Il est donc normal de percevoir une certaine pudeur chez les aînés lorsqu’il est question de parler de leurs émotions. C’est entre autres ce qui a inspiré la collaboration avec Tel-Aide afin de faire connaître leur ligne d’écoute auprès des résidents. Qu’on s’inquiète pour un proche ou pour soi, tout le monde peut consulter ce service gratuit et anonyme, en tout temps.

Malheureusement, encore aujourd’hui, la santé mentale est perçue comme personnelle, intime, voire honteuse. Pour éradiquer ces préjugés, il est urgent, à mon avis, de cesser de compartimenter la santé en dissociant la santé mentale de la santé physique… et même des autres dimensions essentielles à l’équilibre de l’être humain : émotionnelle, cognitive, spirituelle, environnementale, financière ou sociale, pour ne nommer que celles-ci. Pourquoi ne parlons-nous pas davantage de santé globale de la personne, plutôt que d’isoler ces aspects les uns des autres ? Ils sont tous interreliés et codépendants… nous sommes, en quelque sorte, un écosystème à part entière ! Pour mieux comprendre les enjeux et proposer des solutions adéquates, il est essentiel de regarder l’humain dans son intégralité. »

 

Le filet social à la rescousse

Bien que la santé physique soit la plus intuitive en raison de son aspect tangible, ce sont les dimensions dites « plus subtiles » de l’être humain qui méritent toute notre attention afin d’optimiser la santé globale. Puisqu’il est connu que l’isolement est le principal facteur du déclin de la santé mentale chez les aînés, il est rassurant de penser que la vie en résidence aide à contrer ce fléau sociétal.

Selon Janaka Sivagnanasundaram, infirmière clinicienne et conseillère régionale soins au Groupe Maurice, le réseau social joue un rôle déterminant dans la santé mentale et la longévité des résidents, principalement chez les personnes aux prises avec des soucis de santé résidant dans nos unités de soins.

« J’ai vu l’état de santé de certaines personnes se stabiliser, voire s’améliorer significativement, simplement parce qu’elles se sentaient soutenues et comprises… parce qu’elles continuaient de s’amuser, de rire et de participer à la vie communautaire, parfois même au-delà de l’unité de soins.

Les amis rencontrés lorsqu’elles vivaient en appartement autonome venaient régulièrement leur rendre visite. Elles se rendaient à la salle à manger, à la pharmacie ou à l’épicerie (situées à même la résidence), pour y rencontrer des visages connus.

Certains résidents s’offraient même pour donner des concerts à l’aile de soins. Pour moi, il n’y a rien de plus puissant que de voir toute une communauté se mobiliser pour soutenir celles et ceux qui en ont besoin. On est tellement plus heureux quand on se sent moins seul. »

 

Des signes précurseurs encore méconnus

Toutefois, selon l’Ordre des psychologues du Québec, les troubles anxieux et de santé mentale chez les aînés sont fréquemment confondus avec des symptômes de problèmes physiques : insomnie, douleurs musculaires, perte d’appétit, fatigue accrue ou encore diminution des capacités cognitives (mémoire, concentration). Cette réalité rend le dépistage beaucoup plus complexe.

« Malheureusement, les troubles de santé mentale chez les personnes plus âgées passent souvent inaperçus. Lorsqu’une personne traversant un début de dépression exprime principalement des douleurs physiques, celles-ci sont spontanément associées, par exemple, à l’ostéoporose ou à d’autres conditions liées à l’âge. Sans un réseau social attentif – composé de proches capables de percevoir un changement dans son état général ou son comportement –, il est probable que la santé de cette personne se détériore plus rapidement que souhaité. L’entourage joue un rôle clé, non seulement dans la prévention, mais également dans la détection des problématiques de santé mentale chez les aînés », précise Liza O’Doherty.

 

Une vigie constante en résidence

C’est précisément dans ce contexte que les résidences pour personnes âgées prennent tout leur sens. Au-delà des services offerts, elles assurent une présence humaine constante, tant de la part du personnel que des résidents… un regard attentif posé au quotidien sur le bien-être des aînés. Cette proximité permet de repérer plus rapidement les changements d’humeur, les signes de repli, les manifestations subtiles d’anxiété ou de détresse, et de ce fait d’intervenir rapidement.

«Les résidents sont tellement bienveillants les uns envers les autres! Ils s’inquiètent quand ils n’ont pas vu un voisin depuis quelques jours… et même lorsqu’ils n’ont pas vu un employé, précise Janaka Sivagnanasundaram. Je suis témoin de cette solidarité tous les jours en résidence. C’est un milieu de vie! Et comme dans tout milieu de vie, il y a des gens qui vont bien et d’autres moins. Accepter ces différences de réalité, c’est accepter l’être humain dans son entièreté… dans toute sa complexité et sa beauté».

« On se sent important quand quelqu’un s’enquiert de notre bien-être. On se sent vu quand quelqu’un remarque un changement dans notre regard… estimé lorsque quelqu’un perçoit notre perte d’appétit. Ces petites attentions font toute la différence dans l’estime de soi d’une personne. En favorisant les liens sociaux, les résidences représentent de véritables vigies bienveillantes qui contribuent non seulement à prévenir la détérioration de la santé psychologique des résidents, mais aussi à préserver ce qu’ils sont dans toute leur intégrité », a conclu Liza O’Doherty.

 

Pour toute inquiétude concernant la santé mentale d’une personne, n’hésitez pas à vous tourner vers des services de soutien :

  • Ligne Tel-Aide : 514-935-1101(Montréal) /1 877 935-1101 (sans frais partout au Québec)
  • Info-Santé : 8-1-1