Les bienfaits de la musique sur le cerveau

La musique accompagne souvent les moments d’une vie. Une chanson peut évoquer un souvenir précis, faire naître une émotion ou simplement apaiser l’esprit. Avec l’âge, ce lien devient encore plus précieux, comme un fil invisible reliant le passé au présent. Au-delà du plaisir d’écoute, la musique jouerait un rôle bien plus vaste : elle stimulerait l’activité cérébrale, soutiendrait la mémoire et contribuerait à l’équilibre émotionnel. De nombreuses recherches mettent d’ailleurs en lumière les bienfaits de la musique sur le cerveau, en particulier chez les aînés, où elle agit comme un véritable levier de vitalité cognitive.

 

La musique : un puissant stimulant cérébral

Un air familier, un rythme reconnaissable… il suffit de quelques notes pour que le cerveau s’éveille presque instantanément. En effet, écouter une chanson, fredonner ou taper du pied mobilise à la fois l’audition, la mémoire, les émotions, le langage, et même les fonctions motrices. En somme, il existe peu d’activités qui sollicitent autant de régions cérébrales en même temps !

Tandis que d’autres capacités cognitives s’affaiblissent avec l’âge, la mémoire musicale, elle, demeure étonnamment robuste. Une étude canadienne publiée en 2024 par des chercheurs de l’Université Simon Fraser révèle que l’écoute musicale activerait les circuits cérébraux liés à la récompense, même lorsque la musique est nouvelle ou peu appréciée. Elle favoriserait même une meilleure régulation émotionnelle et une stimulation cognitive consistante.

 

Pourquoi les bienfaits de la musique sur le cerveau sont-ils si durables ?

La réponse réside dans la neuroplasticité, cette capacité du cerveau à créer et à renforcer des connexions neuronales tout au long de la vie.

Contrairement à certaines idées reçues, le cerveau demeure malléable durant toute notre existence, surtout lorsqu’il est stimulé de façon significative. La musique, parce qu’elle touche à la fois l’intellect et l’émotion, agit donc comme un catalyseur unique.

Selon les neuroscientifiques de l’Université McGill, le rythme musical synchroniserait les oscillations neuronales (notamment les ondes alpha et delta) et aiderait les différentes zones du cerveau à communiquer plus efficacement entre elles. Cette coordination expliquerait pourquoi la musique facilite la concentration, le mouvement et même la parole chez certaines personnes atteintes de troubles neurocognitifs.

Il s’est également avéré que la musique douce et relaxante abaisserait le rythme cardiaque et réduirait le cortisol (l’hormone du stress). Sur le cerveau, elle favoriserait ainsi la libération de dopamine, permettant de s’endormir plus vite, de diminuer les réveils nocturnes et d’approfondir la qualité du sommeil.

Dans le contexte du vieillissement, la musique serait de plus en plus intégrée à certaines approches non pharmacologiques. La musicothérapie, par exemple, démontrerait des résultats prometteurs auprès des personnes présentant un ralentissement neurocognitif, comme en témoignent certains travaux menés au Canada.

Un projet soutenu par l’Agence de la santé publique du Canada, dirigé par l’Université d’Ottawa, utilise en effet la musique et le mouvement pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de démence. Les chercheurs auraient ainsi observé une diminution de l’anxiété, une meilleure communication et un engagement social accru, même aux stades plus avancés de la maladie.

 

Musique et mémoire : un lien qui traverse le temps

La musique agit souvent comme une clé qui ouvre les portes du passé : une simple mélodie peut raviver des souvenirs enfouis, un visage aimé, une époque marquante ou une émotion profonde.

Des chercheurs australiens, dont les travaux sont largement relayés au Canada, ont observé que les personnes de 70 ans et plus qui écoutent régulièrement de la musique présenteraient un risque de démence réduit de 39 % par rapport à celles qui y sont peu exposées. Les participants démontraient également de meilleures performances en mémoire épisodique et en cognition globale.

Cette capacité remarquable est d’ailleurs au cœur du documentaire Alive Inside, réalisé par Michael Rossato‑Bennett en 2014. Le film suit le travail de Dan Cohen, fondateur de l’organisme Music & Memory, qui utilise la musique pour reconnecter des personnes atteintes de troubles cognitifs à leurs souvenirs et à leur identité. Nous y voyons des aînés, parfois très désengagés, retrouver soudainement émotions, paroles ou gestes oubliés en écoutant des chansons significatives de leur passé.

L’histoire bouleversante de la danseuse étoile new-yorkaise Marta C. Gonzalez vient également appuyer ce constat. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, cette dernière s’est remémoré, le temps d’un instant, la chorégraphie du Lac des cygnes en entendant la musique de Tchaïkovski. Assise dans son fauteuil roulant, son corps s’est ainsi remis à bouger avec grâce, reproduisant les gestes qu’elle exécutait sur scène en 1967, dans une scène captée en 2019.

Ce documentaire, comme ces images de la ballerine, à la fois simples et puissants, rappellent à quel point la musique peut raviver ce qui semble perdu et témoignent de la force de la mémoire musicale et émotionnelle. Même lorsque la mémoire cognitive s’effrite, certaines traces restent intactes, profondément ancrées dans le cerveau.

 

La pratique musicale : un entraînement complet

Notons que si l’écoute est bénéfique, la pratique musicale amplifie encore les effets. Jouer d’un instrument ou chanter solliciterait encore davantage le cerveau que l’écoute plus « passive ». Une vaste étude menée auprès de plus de 2 400 Canadiens âgés de 14 à 92 ans, réalisée par des chercheurs de l’UQAM, a d’ailleurs montré qu’apprendre la musique améliorerait le bien-être psychologique, la santé mentale et favoriserait le lien social, y compris chez les aînés.

Ladite étude affirme même que ces effets seraient comparables à ceux de l’activité physique régulière :

  • diminution du niveau de stress ;
  • amélioration de l’humeur ;
  • renforcement du sentiment d’utilité et de cohésion.

 

Intégrer la musique au quotidien : une habitude qui fait du bien

Bien entendu, il n’est pas forcément nécessaire d’être musicien pour profiter des bienfaits de la musique sur le cerveau. Il suffit souvent d’un peu d’attention et d’intention pour intégrer la musique à son quotidien – sans équipement particulier ni apprentissage complexe.

Elle peut accompagner une routine, ponctuer certains moments de la journée ou simplement offrir une pause agréable. Peu importe la façon dont elle est vécue, elle peut naturellement trouver sa place dans le rythme de chacun… tout en contribuant à maintenir le cerveau actif et engagé.

Quelques gestes simples suffisent d’ailleurs pour en ressentir les effets : écouter des chansons, chanter, assister à des activités musicales ou bien bouger au rythme d’un air apprécié. Ces petits rituels contribuent à soutenir l’activité cognitive, tout en nourrissant les émotions positives et le plaisir.

 

Un puissant levier contre l’isolement social

Enfin, la musique peut également agir comme un formidable vecteur social. Elle rassemble les générations, favorise les échanges et crée des occasions de rencontre, enrichissant à la fois les dimensions culturelles et humaines de nos communautés.

Les activités musicales en groupe – chorales, ateliers rythmiques ou simples moments d’écoute partagée – deviennent ainsi de véritables occasions de connexion. Ces expériences contribuent à briser l’isolement, à renforcer l’estime de soi et à maintenir un sentiment d’appartenance essentiel, peu importe l’âge.

D’ailleurs, au Groupe Maurice, la musique occupe une place importante, et ce, depuis plusieurs années. Convaincu de son impact sur le bien-être et la qualité de vie des personnes plus âgées, Le Groupe a développé plusieurs partenariats avec des acteurs majeurs du milieu musical, tels que l’ensemble I Musici de Montréal et le Festival International de Jazz de Montréal et, plus récemment, l’Orchestre Métropolitain.

À travers ces initiatives, l’objectif est clair : rendre la musique accessible et toujours plus proche des gens, toutes générations confondues. Qu’il s’agisse de prestations, de rencontres ou d’ateliers musicaux, chaque occasion est une invitation à apprécier, à vivre et à accueillir pleinement la musique dans notre quotidien.

Surtout que lui faire une place dans notre existence, c’est aussi continuer à stimuler ce qui demeure vivant en soi, à tout âge! Chaque mélodie devient alors un moyen d’activer la mémoire, les émotions et les connexions cérébrales – même là où certaines facultés s’effacent. Et vous, quelle musique vous fait encore vibrer ?